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Leila, Point Ephemère, Paris, Octobre 2007


Après presque six ans d'absence, la compositrice Leila Arab a effectué, au Point Ephémère parisien, un retour théâtral en forme de musique d'attente de son album "Blood, Looms and Blooms", à paraître sur le label warp début 2008.







Après plusieurs années d'absence du paysage français, et six exactement du paysage électronique international dont elle fut l'une des figures de proue le temps de deux albums en 1998 et 2001, la compositrice londonienne d'origine iranienne a honoré l'invitation du festival d'automne par un live insolite au Point Ephémère, au sein d'une programmation construite autour d'artistes originaires du moyen-orient.


A contre-courant de la majorité des lives électroniques d'aujourd'hui, c'est seule et sans laptop, en imperturbable chef d'un véritable orchestre de machines, platines, samplers et séquenceurs que Leila a présenté ses recherches musicales souvent sans concessions pour les tympans de l'audience, pour le moins mis à l'épreuve pendant une longue partie du concert. Divisée en plusieurs mouvements - presque des actes, sa performance consistait en une sorte de dj set dramatique et dégénéré, mêlant des productions personnelles, des influences souvent racontées, des souvenirs sonores et des extraits de discours morcelés, politiques ou poétiques.


En guise de prologue, entamé à peine la salle remplie, Leila a progressivement installé une atmosphère ambient, conviant des extraits et des échos de Brian Eno, Autechre ou encore Raymond Scott, avant de laisser place à une session de jazz d'une longueur proportionnelle à l'influence que ce genre a porté sur son autodidacte formation musicale. Des morceaux et des phrases Mingus, Coltrane, Davis ou Monk se succédaient dans d'inattendues stichomythies, peinant parfois à maintenir l'audience en alerte, et à se laisser reconnaître sous des modifications structurelles et rythmiques parfois déroutantes. Un second mouvement, constitué principalement de morceaux quasi-IDM, presque electronica, approxivement pop et occasionnellement soul, se sont laissés appréhender comme une preview de son album qui s'apprête à sortir très prochainement sur le label Warp Records. Une transition presque exclusivement aphextwienne vers un mouvement plus orienté hard-techno, a ensuite immédiatement provoqué la transformation du Point Ephémère en dancefloor improvisé. Enfin, piochant comme aléatoirement dans son sac des vinyles aux pochettes lourdement accidentées, Leila a délicieusement massacré, dans une sorte de transe déconstructiviste, des morceaux pop presque cultes, d'Iggy Pop aux Beastie Boys, leur infligeant de jubilatoires séquençages et dépitchages automatiques. Et ce, jusqu'à la désintégration du "No surprises" de Radiohead en exode, titre résumant très inexactement le mot d'ordre qui fut celui de cette prestation infiniment saisissante de plus de deux heures.


A l'inverse de ses albums, les prestations live de Leila évoquent souvent un fleuve en crue, déversant ses trombes sonores à la limite de la maîtrise absolue et de l'abandon à la puissance de certains rythmes, infra-basses ou mélodies. Une furie musicale sur le fil de la dérive, feignant parfois l'accalmie, empruntant de houleux détours pour repartir en typhons. Archiénonciatrice d'un réseau tortueux de sons, Leila semble encore détenir les rennes d'une certaine vision buissonnière et décloisonnée de la musique électronique, dont on espère que "Blood, Looms and Blooms" saura témoigner.


-> http://www.myspace.com/leilaarab
merci à halim dekkische (festival d'automne)
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